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Annett Altvater

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Alisée de Tonnac (img: Daniel Lopez-Paullada)

Alisée de Tonnac (img: Daniel Lopez-Paullada)

06.02.2018

«En tant qu’entrepreneur, on doit assumer soi-même les décisions que l’on prend»

Il y a cinq ans, Alisée de Tonnac a quitté son emploi chez L’Oréal pour parcourir le monde afin de mettre sur pied la première édition du concours de start-ups Seedstars World. Cinq ans plus tard, Seedstars est présent dans plus de 85 villes à travers le monde, dirige ses propres centres de collaboration et de formation et prévoit l’ouverture de 15 Seedspaces destinés à la collaboration et la cohabitation d’entreprises d’ici la fin 2018. BaselArea.swiss s’est entretenu avec Alisée de Tonnac à l’issue de sa présentation au Swiss Innovation Forum qui s’est tenu à Bâle en novembre dernier.

Quelle est la principale raison qui vous a poussé à quitter votre poste prestigieux au sein d’un groupe international pour vous lancer dans une carrière d’entrepreneur?

Je me souviens être tombée sur cette phrase d’Eleanor Roosevelt: «Faites chaque jour une chose qui vous fait peur.» Et je me suis dit alors: pfff, je fais exactement le contraire. Je me satisfaisais de ma propre situation (je me demande d’ailleurs si ce n’est pas justement la définition même de «malheureux»), ma vie professionnelle et ma vie privée à l’époque ne suscitaient pas en moi de grande motivation, ou du moins je ne savais de quelle manière réellement me motiver. Je ne pressentais pas encore que l’entrepreneuriat et la construction de quelque chose par moi-même allaient être déterminants pour moi. Et pourtant c’est bien ce que je suis devenue désormais aujourd’hui.

Qu’est-ce que l’entrepreneuriat signifie pour vous?

Tout d’abord, il y a, selon moi, différents types d’entrepreneurs. Certains construisent tout d’eux-mêmes à partir de rien et ne se reposent pas tant que leur idée n’est pas devenue réalité. D’autres, comme moi, suivent, soutiennent et développent l’idée. Donc, potentiellement, l’entrepreneuriat peut convenir à chacun, en fonction de ses traits de personnalité et, bien entendu, sous réserve que l’on ne craigne pas l’incertitude, le fait de prendre des risques et de se gérer vous-même. L’une des choses que j’aime le plus dans ce mode de vie, c’est que c’est moi qui décide de la façon dont la journée va se dérouler. C’est spectaculaire. Pour être honnête, l’une des clés de ma réussite personnelle et professionnelle est le fait que je travaille avec une équipe formidable. Mes cofondateurs font toute la différence. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion de créer de vous-même une entreprise. Le choix de l’équipe avec laquelle on travaille est crucial – ne pas oublier que l’on va passer toutes ses journées avec eux.

Qu’est-ce qui selon vous compte le plus avec une équipe de cofondateurs?

Mes cofondateurs et moi-même sommes très complémentaires. Je suis axée sur l’opérationnel, la stratégie, ce n’est pas mon truc. Un stratégiste doit envisager les choses cinq ans à l’avance, visualiser les obstacles tout en gardant le cap. Mais surtout, nous nous sommes assurés d’être tous au diapason en ce qui concerne nos valeurs. Nous nous sommes demandés par exemple si nous serions capables de maintenir la cohésion de l’équipe durant les bons moments comme les mauvais. Ce partage de valeurs communes s’est révélé être l’une de nos plus grandes forces et l’une des raisons pour lesquelles nous en sommes encore là cinq ans plus tard. Nous voulons construire de belles choses avec de bonnes personnes. Nous sommes convaincus de pouvoir faire tourner une entreprise rentable tout en faisant le bien, mais surtout notre socle de valeurs communes nous unit, et ce, quelles que soient les circonstances – en tous cas jusqu’à présent cela a été le cas.

Avant de participer à la création de Seedstars, vous travailliez pour L’Oréal. Comment mettez-vous à profit votre expérience au sein de ce grand groupe?

J’y ai tellement appris de choses sur le plan des affaires, de la culture, du travail en équipe et de la pression sociale. Je sais également ce que je ne souhaite pas faire, ce qui est tout aussi important. Cela m’a aussi appris énormément sur la façon dont je souhaite construire la culture au sein de notre nouvelle structure. La culture est tellement importante pour gérer et développer l’entreprise. Je pense qu’au sein des grandes entreprises, on apprend à savoir ce qui les différencie et l’on comprend de quelle manière une culture soigneusement définie et communiquée peut contribuer au succès de l’entreprise.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris le jour où vous êtes devenue entrepreneur?

La maîtrise de mes journées et de mes actions. En effet, on doit réellement assumer soi-même les décisions que l’on prend. On ne peut pas prendre les choses à la légère et se réfugier derrière la marque ou des e-mails en copie, en cas de problème. Je dois avouer que j’étais un peu terrifiée au départ d’être la seule personne capable de faire démarrer la machine – tout en trouvant néanmoins que cela était très gratifiant.

Vous collaborez avec des entrepreneurs provenant de plus de 60 pays. Dans quels domaines sont-ils actifs?

Dans le secteur de la santé, on compte beaucoup de plateformes numériques, comme par exemple une qui permet de savoir si un médicament est contrefait ou non – ce qui est un problème notamment au Nigeria et dans d’autres pays émergents. Il y a des plateformes de télémédecine qui relient des zones rurales à des spécialistes et des applications éducatives destinées aux femmes enceintes, la mortalité infantile demeurant très importante dans ces régions.

Seedstars a lancé ses propres programmes de formation. Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire?

Le talent est présent partout. Cependant, les personnes talentueuses n’ont pas toutes accès aux mêmes opportunités et infrastructures de formation et de création de réseaux. Nos formations s’adressent aux talents qui n’ont pas encore émergé.

Qu’avez-vous appris de votre expérience à Lagos?

Nous sommes présents sur des marchés qui représentent une grande partie du monde. Le fait d’avoir affaire à des habitudes de consommation différentes, à des transformations radicales et des centres urbains à croissance rapide aide à comprendre ce que sera le monde de demain. Nous vivons désormais au sein d’une économie mondialisée; le monde ne s’arrête plus aux frontières des nations. Ceux qui nient cette réalité se mettent d’eux-mêmes des œillères, tant au niveau professionnel que personnel. Prenez Lagos, par exemple: la ville compte 20 millions de personnes, les rues grouillent de monde, tout le monde est jeune et l’on perçoit automatiquement cette sensation du «tout est possible», à des antipodes de Genève où nous avons des mètres d’espace entre les personnes. Au bout de deux semaines, je commence à me plaindre quand le bus est cinq minutes en retard. Certes, nous avons une situation très confortable et nous avons beaucoup de chance – mais cela peut également être considéré comme un problème pour l’innovation. Bénéficier d’une situation confortable peut constituer un but, mais à de nombreux égards, un tel but est en contradiction avec les démarches novatrices.

Votre société est inscrite à Genève. En quoi est-il important d’avoir son siège en Suisse?

Tout d’abord, nous sommes très fiers de la marque «Swiss made» qui a fortement contribué au succès de notre développement à travers le monde. Les valeurs portées par ce drapeau – telles que la qualité, le professionnalisme et la neutralité –, nous souhaitons les incarner sur le terrain. Tous les partenaires ayant grandi en Suisse, nous y maintenons également des liens étroits avec nos réseaux privés et publics. La Suisse est un carrefour extraordinaire, comportant des organismes publics de premier ordre tels que les Nations Unies à Genève ou le Forum économique mondiale à Davos, qui jouent un rôle clé sur les marchés sur lesquels Seedstars est présente. De nombreuses multinationales qui y ont leur siège sont également très portées sur ces pays émergents, notamment en ce qui concerne l’acquisition de talents. De plus, elles offrent des solutions potentielles. Il est essentiel d’être présent à la fois en Suisse et dans les pays où nous organisons nos compétitions. Il est intéressant de noter que nous assistons petit à petit à un renversement du parcours de l’innovation: Safaricom, le premier fournisseur de services mobiles au Kenya, a lancé une solution de paiement appelée M-Pesa. Ils testent désormais leur solution en Roumanie et en Albanie. Je suis certaine que la façon habituelle de faire affaires consistant à lancer un nouveau produit dans le nord avant de l’étendre au sud va bientôt devenir obsolète.

 

A propos d’Alisée de Tonnac
Alisée de Tonnac est diplômée d’HEC Lausanne et a obtenu son Master en management international auprès de l’Université Bocconi. De nationalité française, elle a vécu à Singapour, dans la Silicon Valley, en Suisse, en Italie et à Lagos au Nigeria. Elle a été chef de produit pour des marques de luxe au sein du Groupe L’Oréal et a travaillé pour Voyage Privé, une start-up européenne de premier plan. Après avoir parcouru le monde pendant un an pour la mise en place de la première édition du concours de start-ups Seedstars World en 2013, Alisée en dirige désormais la société. Elle s’est constitué de solides connaissances dans le domaine des technologies, des réseaux sociaux et des comportements de consommation dans les marchés émergents. Alisée de Tonnac est membre du Conseil d’administration de la Haute école de gestion de Fribourg et du Conseil de l’innovation suisse. Elle a été désignée Social Entrepreneur Forbes 30 under 30 en 2017 et Innovation Fellow de Wired UK en 2015.
 

A propos de Seedstars
Seedstars est un groupe basé en Suisse qui s’est donné pour mission d’influencer la vie des populations dans les marchés émergents, grâce à la technologie et à l’entrepreneuriat. Seedstars relie les parties prenantes, construit des entreprises à partir de zéro avec des partenaires publics et privés et investit dans des start-ups à forte croissance au sein de ces écosystèmes. Par le biais d’un large éventail d’activités allant de la découverte de start-ups jusqu’à la création de sociétés et des programmes d’accélération, l’équipe s’est constitué un réseau extrêmement puissant d’entrepreneurs, d’investisseurs, d‘incubateurs, de sociétés et de représentants publics provenant de plus de 65 pays à croissance rapide à travers le monde. Seedstars a débuté ses opérations en 2013, en lançant son modèle de concours de start-ups dans plus de 20 pays émergents. Aujourd’hui, en 2018, le concours est présent dans plus de 85 villes, et Seedstars Group s’apprête à lancer 15 hubs stratégiques (Seedspaces, des activités de co-working, des programmes d’accélération et des centres académiques) à travers le monde. Le modèle commercial repose sur la mise en place d’accords de partenariat renouvelables avec des acteurs tant locaux que mondiaux qui cherchent à prendre part à des investissements à impact dans les domaines des technologies et de l’innovation. Une partie des revenus générés provient également d’un modèle hybride de construction de sociétés au moyen duquel Seedstars crée de nouvelles entreprises sur de nouveaux marchés, en s’appuyant sur des modèles d’affaires testés et adaptés aux circonstances locales. Jusqu’à présent, Seedstars a investi dans 15 start-ups. 10 à 15 autres investissements sont prévus au cours du troisième trimestre de 2018.

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