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Innovation Report

report Precision Medicine

«La Patient Centricity exige de communiquer d’égal à égal»

08.07.2019

A l’avenir, l’Hôpital universitaire de Bâle ne veut plus se contenter d’appliquer l’innovation, mais souhaite la faire progresser. Dans ce contexte, il vient de mettre sur pied un laboratoire d’innovation ainsi qu’un programme de promotion interne pour donner vie aux projets correspondants. Derrière cette initiative, on retrouve Marc Strasser et Jens Eckstein. DayOne est allée à la rencontre de ce dernier.

BaselArea.swiss: En général, deux raisons poussent à innover. D’une part, la nécessité et, d’autre part, la motivation intrinsèque. Quelle est la vôtre?

Jens Eckstein: Sans motivation, je n’aurais clairement pas accepté cette tâche. Mais la nécessité a elle aussi joué un rôle. Une grande partie de ce qui nous occupe consiste en des tâches que nous n’avions pas encore conclues avec succès. Lorsqu’il arrive à l’hôpital, un patient vit parfois une régression par rapport à la technologie de l’information qu’il utilise au quotidien. Or, certains systèmes avec lesquels les équipes de traitement travaillent remontent à plus de 20 ans. Un jour, j’ai maugréé que notre équipe informatique pouvait mieux faire. Un collègue m’a alors rétorqué: «Arrête de te plaindre et agis.» En outre, je fais bien évidemment partie des gens qui aiment la technologie et l’innovation. C’est la raison pour laquelle j’avais beaucoup de peine à accepter ces points faibles.

Il semble que l’on vous ait entendu?

Oui, la direction informatique et celle de l’hôpital m’ont apporté tout leur soutien et nous nous sommes réorganisés. Je travaille désormais à 50% comme clinicien et à 50% comme Chief Medical Information Officer. J’officie ainsi comme traducteur et passerelle entre l’équipe informatique et les services spécialisés.

Quelles ont été vos premières tâches?

Avant même que je n’endosse ma nouvelle fonction, nous avons monté un grand écran à chaque étage, présentant les membres de chaque équipe avec une photo.

Cela ne semble pas vraiment révolutionnaire?

Cela peut sembler banal, mais pour nombre de nos patients et leurs proches, cela fait une grande différence. Beaucoup de nos patients ont l’habitude de toujours être en ligne et d’avoir accès à toutes les informations souhaitées. Ils peuvent trouver la situation vraiment difficile si cela n’est pas le cas lors d’un séjour à l’hôpital. Bien entendu, tous les patients ont accès à Internet et à notre réseau wi-fi, mais une grande partie des informations qui les intéressent ne sont pas encore disponibles en version numérique. Les patients sont alors relégués à un rôle passif. Or, si nous voulons que les patients contribuent activement à leur processus de guérison, c’est par là que nous devons commencer. Nous devons donc leur fournir rapidement toutes les informations pertinentes, qu’elles soient d’ordre médical ou organisationnel. Ce n’est que comme cela qu’ils participeront vraiment à leur traitement.

Est-ce ce que veulent les médecins?

Il est bien plus agréable de travailler avec des patients informés! Aujourd’hui, tout le monde parle de Patient Centricity. Prendre cette thématique vraiment au sérieux entraîne des conséquences de taille pour notre profession. En tant que médecin, nous nous devons d’intégrer les patients à la prise de décision. Notre rôle consiste à les conseiller et à les coacher. Par exemple, repousser la mort à tout prix par le biais d’une thérapie peut parfois ne plus représenter l’unique but d’une intervention. La qualité de vie devient alors un critère d’autant plus pertinent; et pour cela, une communication humaine et d’égal à égal est capitale. Les écrans à chaque étage ont représenté un premier pas dans cette direction, pour que chacun sache qui s’occupe des patients.

Les patients veulent-ils avoir leur mot à dire?

Oui. Les nouvelles technologies poussent comme des champignons et accroissent la pression sur notre hôpital. Précisons que personne ne s’attend à ce qu’un hôpital universitaire devienne un hôtel de luxe. Garantir des soins médicaux de haut niveau doit rester au centre de nos préoccupations. Cependant, la numérisation offre de nouvelles possibilités. En tant qu’hôpital, nous devons y recourir de manière optimale, dans l’intérêt de nos collaborateurs comme dans celui de nos patients. Nous avons développé notre Innovation Lab pour cette raison.

Quelle en est l’idée?

L’Innovation Lab est une sorte de piste d’atterrissage pour les nouvelles technologies. Nous avons mis sur pied une infrastructure informatique indépendante de l’hôpital qui nous permet d’implémenter rapidement de nouvelles applications dans une zone protégée, ainsi que de les tester en consultant les patients et les preneurs de décisions. Il s’agit donc d’une sorte d’aire de jeu ou de bac à sable pour de premiers projets pilotes incluant de nouvelles technologies, mais sans que ces derniers ne doivent satisfaire à toutes les exigences d’un produit médical ni aux standards de sécurité prédéfinis.

Je peux m’imaginer que les demandes pourraient vite se multiplier?

En effet, nous avons déjà fort à faire. Je suis d’ailleurs en train d’agrandir l’équipe. Heureusement, mes collègues manifestent un grand intérêt. Nous avons débuté au service de cardiologie, continué en chirurgie et allons bientôt lancer des projets en psychiatrie ou encore en rhumatologie.

De quel type de projets s’agit-il?

Ils sont très variés. Par exemple, un partenaire externe, comme une start-up, souhaite faire valider son application du point de vue clinique. Si nous constatons une utilité pour les patients, nous donnons suite au projet. Le partenaire doit cependant donner son accord pour la publication des résultats, même s’ils sont négatifs. Dans un autre cas de figure, il se peut qu’un collaborateur de l’Hôpital universitaire ait une idée brillante et souhaite la développer. Dans cette optique, nous proposons depuis cette année plusieurs événements Future Friday par an, lors desquels nous demandons à nos 8000 collaborateurs de nous soumettre leurs idées d’innovation. Les auteurs des trois meilleures idées sont alors invités à présenter un pitch et l’une d’entre elles reçoit ensuite notre feu vert. Le projet gagnant bénéficie par la suite d’assez de ressources pour que l’idée se transforme en premier prototype en l’espace de six mois.

Jusqu’à maintenant, le cahier des charges d’un hôpital ne comprenait pas la promotion de l’innovation. Pourquoi ce changement de cap soudain?

La recherche a toujours représenté un des rôles fondamentaux de l’Hôpital universitaire. Des spin-offs innovantes en sont nées à plusieurs reprises. Aborder ce processus de manière encore plus proactive nous permet de catalyser ce potentiel et d’asseoir notre réputation. Notre hôpital acquiert ainsi une renommée mondiale dans certains domaines. En effet, nous voulons compter parmi les meilleurs, que ce soit dans le secteur médical ou pour ce qui a trait à l’innovation. Avec son environnement fortement axé sur les sciences de la vie et ses start-up dynamiques, l’écosystème bâlois nous offre des conditions idéales. L’Hôpital universitaire est déjà partenaire de nombreux projets intéressants, ce qui nous donne accès aux technologies les plus avancées. Pour un hôpital de taille moyenne à l’échelle internationale, cela ne va pas de soi. Pour ce qui est de l’agilité, nous profitons clairement de notre constellation, à savoir un environnement universitaire allié à une orientation stratégique vers l’innovation et la numérisation.

Comment les choses fonctionnent-elles lorsque des médecins deviennent entrepreneurs, ou docpreneurs? Qui touche quelle part de la nouvelle entreprise?

Nous devons encore déterminer quel modèle convient le mieux. Bien entendu, la tâche centrale d’un hôpital reste le traitement des patients. Il est cependant juste qu’il profite lui aussi équitablement du développement d’une innovation. On constate la présence de deux extrêmes: soit nous détenons 100% de la propriété intellectuelle et nous accordons une licence au partenaire qui distribue le produit. Ou le produit reste entre les mains du partenaire et nous participons à son développement dans l’optique de profiter ensuite de l’application qui nous convient vraiment. Souvent, le scénario le plus réaliste se situe entre les deux.

Les médecins veulent-ils donc devenir entrepreneurs?

J’aurais tendance à répondre par la négative. Et c’est une bonne chose. Notre objectif n’est pas que tous nos médecins fondent une start-up. Nous souhaitons plutôt qu’ils s’impliquent plus fortement dans le processus d’innovation par le biais de leurs idées et de leur savoir. Il est alors juste qu’ils en profitent comme il se doit, par exemple sous la forme de participations. La même chose devrait par ailleurs s’appliquer au reste du personnel.

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«Je suis fasciné par le niveau d’innovation jurassien»

11.06.2019

Le Switzerland Innovation Park Basel Area compte lui-même deux antennes, à Allschwil et Bâle, et bientôt une troisième dans le Jura, sur la zone d’Innodel, territoire de la commune de Courroux entre Delémont et Courrendlin. Cette antenne jurassienne est en cours d’aménagement. Elle sera inaugurée officiellement le 25 octobre.

Ce sera une étape marquante d’un énorme travail déployé par plusieurs acteurs régionaux, en lien avec cet ambitieux projet fédéral. Le but est de dynamiser la recherche et développement en Suisse et dans la région, explique Frank Kumli, Head Innovation & Enrepreneurship de BaselArea.swiss dans un entretien accordé au "Le Quotidien Jurassien".

Le Quotidien Jurassien: Que représente l’antenne jurassienne pour le Switzerland Innovation Park Basel Area?

Frank Kumli: C’est un pas en avant dans l’innovation régionale. Le parc va être dédié comme les autres à accélérer l’innovation. On pourra enfin faire participer le Jura au parc d’innovation. C’est très important pour nous que le Jura puisse se joindre et que nous puissions profiter de l’expertise et du savoir-faire jurassiens, et en même temps de soutenir localement le développement économique et l’innovation. Pour nous Switzerland Innovation Park Basel Area, c’est une occasion unique de conduire et soutenir cette antenne jurassienne.

Quelles sont les attentes pour cette antenne jurassienne?

Nous attendons bien sûr un site vibrant, où il se passe beaucoup de choses, où les gens se retrouvent pour développer de nouvelles idées, échangent, montent des projets d’innovation. Ce doit être une interface entre les trois cantons de Bâle-Ville, Bâle-Campagne et du Jura dans le domaine de l’innovation.

Combien y aura-t-il de places de travail sur ce site?

Au total, nous aurons 1200 m2 de surface, ce qui pourrait représenter une soixantaine de places de travail, certaines étant dédoublées, donc environ 30 à 35 emplois.

Des intéressés se sont-ils déjà manifestés?

Nous travaillons étroitement avec la Chambre de commerce et d’industrie du Jura et son directeur Pierre-Alain Berret pour faire connaître le parc d’innovation auprès des patrons des PME locales. Plusieurs se sont intéressés à participer. Des start-ups locales et françaises ont aussi manifesté leur intérêt à venir s’installer sur le site.

Et du côté des institutions de formation?

Sur le plan académique, nous avons aussi suscité l’intérêt du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM), qui sera présent sur le site. Nous avons aussi discuté avec la Haute Ecole Arc (HE-Arc) au plan local, pour voir comment nous pouvons les représenter sur le site. Nous sommes en train de signer quelques contrats. Le but est d’avoir un mix de startups, quelques projets académiques et surtout beaucoup de projets d’entreprises.

Dans quels domaines est-il prévu d’agir?

Nous aurons des projets sur deux axes, les soins de santé et l’agilité d’entreprise. On ne va pas réinventer comment on fait de l’horlogerie mais voir comment transformer les entreprises locales, les rendre plus agiles pour répondre aux défis d’un monde qui change. Pour les soins de santé, nous travaillons étroitement avec l’Hôpital du Jura, son directeur Thierry Charmillot et Nicolas Pétremand, chef du Service de la santé publique.

Que va-t-on faire plus précisément dans le domaine de la santé?

Une réflexion a débuté avec le professeur Hans-Florian Zeilhofer de l’Université et de l’Hôpital universitaire de Bâle. Nous avons prévu plusieurs projets avec lui. Le professeur Zeilhofer se spécialise dans la robotique et l’automation dans le domaine de la chirurgie. Il est convaincu qu’il y a beaucoup de savoir-faire jurassiens à mettre en pratique dans ce domaine. Il a déjà des collaborations dans le Jura, spécifiquement dans le domaine de l’impression 3D. Avec la domotique, l’idée est de rendre l’habitat sécurisé pour pouvoir libérer des patients plus rapidement de l’hôpital, retarder aussi l’entrée en EMS, maximiser donc la présence chez soi.

Combien de temps selon vous pour atteindre la vitesse de croisière?

Nous sommes relativement optimistes, vu l’aide que nous recevons, de la part de la Chambre de commerce, de l’Hôpital du Jura, du Service cantonal de la santé et des hautes écoles. Je pense que la vitesse de croisière devrait être atteinte dans l’espace d’un an, pas pour la totalité des emplois mais pour avoir un site animé avec des idées innovatrices. Nous avons localement beaucoup d’aide pour pouvoir trouver rapidement les bons projets.

Que va-t-on développer dans l’industrie 4.0?

Pour nous, l’industrie 4.0, c’est bien entendu ce qui est relatif aux technologies de production. Ici, on va prendre l’axe d’agilité avec une focalisation sur le côté humain, les équipes, les modèles d’affaires, et au troisième plan les technologies nécessaires à transformer et produire. C’est pouvoir mettre plus d’agilité dans les PME pour répondre plus facilement à des demandes qui fluctuent, en nombre et types de pièces commandées. Pour cela, il faut des équipes beaucoup plus réactives. On en a parlé avec des patrons de la CCIJ, dont Georges Humard, son nouveau président. Ils confirment que les thèmes qui les intéressent, c’est tout ce qui est relatif au design thinking, à l’agilité, aux procédés Lean (n.d.l.r. pour une production efficace et rentable). Il y aura beaucoup de séminaires, des cours, de la sensibilisation et de l’accompagnement.

Dans la thématique des soins de la santé, de quoi parle-t-on plus précisément?

Nous avons développé trois axes lors de multiples séances de travail, avec le professeur Zeilhofer, l’Hôpital et la Chambre de commerce. Le premier axe sera celui de la technologie médicale pure et dure, avec les implants et l’impression 3D, des spécialités très proches du savoir-faire jurassien. Ce sera la plus grande focalisation. La deuxième, c’est ce qu’on appelle health-tech, qui se situe dans la connectivité, la santé numérique. L’Hôpital et le Service de la santé publique pensent qu’il y a beaucoup à faire dans le canton. Le 3e axe, c’est le système de santé. Le ministre Jacques Gerber et Nicolas Pétremand sont convaincus que le système de santé jurassien relativement petit permettra d’expérimenter et innover beaucoup plus rapidement que dans d’autres cantons.

Sur votre liste figurent aussi montage de projets, financement, animation, méthodes de travail…

Nous travaillons à libérer des financements de niveau cantonal mais aussi à accompagner les entreprises pour obtenir des financements de niveau fédéral. Nous avons promis de leur mettre à disposition des personnes pour naviguer dans la bureaucratie des fonds d’innovations, pouvoir accéder plus rapidement à ces fonds.

Qu'y a-t-il de si particulier dans la culture d'entreprise jurassique?

Ici, la pratique, c’est la discrétion avant tout. L’entrepreneur jurassien règle tout lui-même. Du coup, il y a peu de visibilité sur les compétences des entreprises jurassiennes. Quand nous parlons avec les entreprises du groupe de biomedical engineering présentes à Allschwil, elles nous demandent souvent de les aider à trouver les bonnes compétences dans le Jura pour leurs projets. Les gens savent qu’il y a beaucoup de savoir-faire dans le Jura mais ne savent pas comment y accéder. Cela plaide pour que les entreprises fassent davantage savoir quelles sont leurs compétences. Avec la Chambre de commerce, nous allons faire le lien avec Bâle-Ville et Bâle-Campagne. Un groupe informel, qui regroupe notamment des patrons, l’Hôpital du Jura et des hautes écoles, va accompagner le parc d’innovation.

L’accès à une communauté et à un réseau d’innovateurs et d’experts, pour la Recherche & Développement, cela manque dans le canton du Jura?

Oui. Il y a beaucoup d’appétit pour travailler avec l’Université de Bâle, la Haute école de Muttenz, la HE Arc à Neuchâtel du côté technologique. Je pense qu’on va pouvoir créer un lien entre les entrepreneurs jurassiens et les hautes écoles et universités. C’est aussi une demande des clients des entrepreneurs jurassiens, qui souhaitent à ce que ces entrepreneurs collaborent avec les universités, nous ont-ils dit. Il y a beaucoup plus d’innovation qu’on ne le dit. Chaque fois que je visite une entreprise jurassienne, je suis fasciné par le niveau d’innovation. Je trouve formidable quand on discute avec les patrons jurassiens de voir qu’ils ont beaucoup de pragmatisme pour aller de l’avant.

Interview: Georges Maillard, Le Quotidien Jurassien

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«Chez Bell, nous combinons artisanat et automatisation»

06.05.2019

Une boucherie bâloise s’est muée en groupe alimentaire international au fil de ses 150 années d’existence: Bell Food Group emploie plus de 12 000 collaborateurs dans 15 pays. Markus Ettlin, responsable Industrie 4.0/Automation chez Bell Food Group, présente les projets liés à l’industrie 4.0 en cours et les limites de l’automatisation et des innovations dans le secteur alimentaire.

BaselArea.swiss: Quand les saucisses seront-elles fabriquées par des robots?

Markus Ettlin: Une saucisse cache beaucoup d’artisanat, d’expérience et de savoir-faire. Il serait pour l’heure presque impossible de faire réaliser les étapes nécessaires par une machine, et ça n’est pas notre objectif. Il s’agit pour nous de concilier tradition et innovation. En matière de charcuterie, la tradition et le travail manuel sont très importants. Ce n’est pas demain que les saucisses seront fabriquées par un robot.

Parce que ça ne serait pas un produit demandé?

Je pense que nos clients recherchent un produit artisanal et pas une saucisse totalement industrielle. La saucisse est un produit naturel, aux qualités naturelles, qui doivent être respectées. Il faut beaucoup de savoir-faire pour cela. La production de saucisses ou de jambon requiert une grande expérience et fait appel à tous les sens. Nous travaillons toutefois à l’automatisation de certaines étapes du processus. Nous voulons combiner artisanat et automatisation.

Dans quels domaines l’automatisation est-elle possible?

Nous devons distinguer le secteur artisanal et la production de produits prêts-à-servir (convenience). Le travail manuel restera précieux dans la fabrication des saucisses et du jambon. Dans le secteur des produits convenience, qui doivent tous être identiques, l’automatisation est bien plus avancée. La production de galettes de steak haché et de nuggets de poulet est par exemple très automatisée, puisque ces produits sont mis en forme par des machines. Dans la logistique aussi, nous avons su déployer les technologies de l’automatisation pour les tâches répétitives et pénibles.

Où percevez-vous le plus fort potentiel?

Le niveau d’automatisation est particulièrement important dans la manutention et le conditionnement, mais il ne dispense pas là non plus de personnel humain. Le vrai potentiel réside selon nous dans les données et informations qui sont générées quotidiennement. Nous voulons apprendre de ces données et nous améliorer. Nous nous intéressons par exemple au processus de cuisson, pour lequel plusieurs données sont mesurées, dont la température: il y a les paramètres théoriques et les paramètres réels, et le résultat final. Si les collaborateurs vérifient la température, ils ne peuvent pas garder une vue d’ensemble de tous les paramètres, des différentes valeurs et des corrélations complexes. L’analyse de ces données nous permettra de garantir la qualité du processus de cuisson et du produit, et même de l’améliorer. Elle nous aide aussi à renforcer l’efficacité énergétique et à utiliser au mieux les installations.

Sur quelles transformations et quels domaines Bell met-elle l’accent?

D’une part, la traçabilité du produit et, de l’autre, la transparence des différentes étapes du processus de transformation et leurs conséquences sur le produit fini. L’élément central est donc les normes et la standardisation. Nous voulons déployer des technologies standardisées, transformer les processus automatisés et créer de la transparence.

Quels domaines peuvent être des sources d’inspiration particulièrement intéressantes pour les technologies standardisées?

En matière de transformation de la viande, la spécialité joue un rôle prédominant. Ce qui m’intéresse plutôt dans ma partie, ce sont les technologies que l’on peut utiliser différemment. Il est par exemple possible de transposer certaines pratiques et méthodes de l’industrie pharmaceutique à l’industrie alimentaire. L’industrie pharmaceutique sait ainsi gérer d’importantes quantités de données. C’est très stimulant pour mon domaine. L’industrie automobile est elle aussi très avancée dans les processus automatisés. Les constructeurs ont souvent des lots importants, pour lesquels le volant doit toutefois être positionné tantôt à gauche, tantôt à droite. Ce sont des thèmes qui nous préoccupent aussi, puisque nos produits peuvent prendre différentes formes: plus léger ou plus lourd, avec moins ou plus d’emballage. Nous nous inspirons volontiers des autres secteurs.

Qu’est-ce qui est implémenté?

Nous construisons un important entrepôt frigorifique dernier cri qui présentera un très très grand niveau d’automatisation. La logistique doit, si possible, être totalement automatisée, les collaborateurs doivent séjourner aussi peu que possible dans le secteur des surgelés et il existe des processus d’assistance très automatisés. L’ensemble des installations et des processus généreront des données et des informations que nous désirons analyser à des fins d’amélioration, d’entretien et d’efficacité. Dans tous les domaines, la collecte des données est pour nous une chance de progresser et de garantir la qualité.

Quels défis représentent les transformations prévues pour Bell?

Chez nous, l’industrie 4.0 est fortement liée à l’environnement de production. La numérisation est une étape importante pour nos collaborateurs. Nous voulons inclure tous nos collaborateurs et montrer que les nouvelles technologies sont là pour les assister dans leur travail. Je vois aussi un défi dans la grande complexité de toutes les étapes – tout est lié. Ça n’est pas toujours facile à comprendre. Nous sommes par conséquent appelés à développer des connaissances et à sensibiliser globalement les collaborateurs aux thèmes liés à l’industrie 4.0. Nous devons notamment découvrir par où commencer avec la mise en œuvre et dresser une feuille de route judicieuse.

Bell participe à notre Industry 4.0 Challenge. Qu’avez-vous déjà pu en tirer?

Je connais BaselArea.swiss au travers de différentes manifestations qui donnent toujours lieu à des contacts passionnants. Dans le cadre de l’Industry 4.0 Challenge, je peux voir simplement quelles idées sont répandues et comment les autres perçoivent le monde. Dans les grandes entreprises, il est souvent difficile de tracer de quelle manière les formidables solutions ont été décidées. Les start-up peuvent rapidement montrer une preuve de concept, je peux donc me faire une idée de ce qui existe et de ce que ça signifierait pour moi. C’est extrêmement passionnant pour moi. Notre secteur a aussi des contacts avec les sociétés du dernier Industry 4.0 Challenge. Nous sommes certes à la recherche d’outils standardisés. Mais les start-up comblent souvent les lacunes entre une norme exigeante et le monde réel.

Quelles innovations attendons-nous prochainement dans la branche alimentaire?

La viande produite sans tuer d’animaux: le hamburger de Mosa Meat sera développé à partir de cultures de cellules. Bell possède une participation dans la société néerlandaise qui travaille actuellement à la commercialisation de sa découverte.

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«La région de Bâle est très innovatrice dans le domaine de la santé»

02.04.2019

Un nouveau Master proposé par la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (FHNW) vise à préparer la prochaine génération de professionnels dans le secteur des sciences de la vie. Des étudiants en «informatique médicale» sont formés à utiliser les dernières technologies lors de projets des industries médicale et pharmaceutique. Professeur Enkelejda Miho, de l’Institut des technologies médicales et analytiques à la FHNW, est convaincue que la combinaison des sciences de la vie avec l’informatique et le monde des affaires fait émerger un nouveau profil de professionnels prisé.

BaselArea.swiss: Enkelejda, pensez-vous que le scientifique qui ajoute à sa formation traditionnelle une perspective technologique est la nouvelle normalité?

Enkelejda Miho: La découverte de médicaments est un vaste domaine. Il y a des secteurs qui restent plutôt traditionnels tandis que d'autres, comme les données de vie réelle et les essais cliniques numériques, mutent rapidement. Les scientifiques ne peuvent plus analyser leurs données à grande échelle avec les mêmes moyens que ceux utilisés autrefois. De plus, une multitude d’outils sont prêts à être utilisés aujourd’hui. Il s’agit maintenant de trouver comment combiner ces outils afin de lancer les médicaments plus rapidement sur le marché. Appliquer une technologie de pointe pour répondre à des questions scientifiques fait entièrement partie du travail du scientifique. On entend de la part d’entreprises pharmaceutiques que le scientifique averti sur le plan technologique est un profil recherché, mais celui-ci n’est malheureusement pas forcément disponible sur le marché. L’enseignement a du retard sur ce qui se passe dans le monde réel et doit le rattraper.

Qu’est-ce qui a changé dans la compréhension de la santé?

La santé s’est développée au même titre que n’importe quel autre domaine: nous avons observé de lents processus au fil des siècles. Puis tout à coup, la technologie a fait évoluer les choses. Dans le domaine de la santé, le savoir s’est toujours concentré sur les organes, ce qui a contribué à rendre les choses moins complexes. Vous aviez le cardiologue, le pneumologue, le neurologue, qui essayaient de comprendre un problème à la fois. Le savoir était disséqué. Ceci est en train de changer massivement.

Comment?

De nouvelles technologies conduisent plus rapidement aux diagnostics et aux traitements. Par exemple, nous pouvons détecter une tumeur grâce à un algorithme. La machine aide donc le médecin spécialiste à ce qu’il ou elle puisse voir et diagnostiquer plus de patients. La première étape consiste à appliquer ce que nous savons pour accélérer les diagnostics et les traitements, sur la base d’une expérience plus large et d’un traitement des connaissances plus rapide. La seconde étape, c’est l’intégration des connaissances provenant de différents systèmes. Il y a beaucoup de technologies différentes. Nous devons maintenant nous demander comment les utiliser de manière adéquate. L’intégration des connaissances est essentielle.

Quel rôle y joue l’intelligence artificielle?

Plutôt que de poser une seule question à la fois, l’IA permet non seulement d’intégrer les données de santé mais aussi d'autres informations telles que le nombre de fois où vous vous êtes rendu chez le médecin, les traitements prescrits, les symptômes, ainsi que les données sociales et environnementales. L’IA contribue à intégrer tout cela pour nous aider à faire de meilleurs choix et de meilleurs diagnostics, si bien que les personnes ne commencent pas un traitement qui ne leur est pas adapté ou ne pâtissent pas d’un traitement qui ne leur est pas spécifique.

Sommes-nous préparés à l’innovation dans le domaine de la santé?

Nous sommes vraiment sur la bonne voie. Le premier défi à relever est la standardisation. Il n'y a aucune idée consensuelle sur quelle méthode utiliser à quel moment, et sur comment les différencier car il y en a tellement. Les groupes de recherche, laboratoires et entreprises pharmaceutiques pourraient agir davantage dans l’espace pré-concurrentiel, afin que nous ne répétions pas sans cesse les mêmes erreurs. Nous pouvons apprendre beaucoup du développement logiciel où le partage est monnaie courante. Le second défi, ce sont les distorsions que nous introduisons dans les algorithmes. Les chercheurs doivent réfléchir attentivement à faire correspondre la bonne question à la bonne série de données – un ordinateur ne peut pas faire ça. Nous avons besoin de chercheurs qui sont conscients des écueils auxquels on s’expose en appliquant l’IA et l'apprentissage automatique au domaine de la santé.

Où en sommes-nous à Bâle?

La région de Bâle est très innovatrice comparée à d'autres régions. Nous disposons d’acteurs majeurs, d’un environnement de start-ups et de grandes institutions de recherche et institutions en sciences et arts appliqués telles que l’université de Bâle, l’EPF, la FHNW et l’Institut Friedrich Miescher. Tous les éléments sont là. Je pense toutefois que les parties prenantes devraient davantage échanger, plutôt que d’essayer chacune de faire avancer seule l’ensemble de la machinerie. BaselArea.swiss et DayOne apportent un soutien en réunissant différentes perspectives. Même s’il serait bien d’y dédier plus de ressources afin de déclencher l'interaction. Cela aiderait aussi à retenir les talents dont nous avons besoin pour faire avancer ce domaine.

Qu’apporte le nouveau Master en informatique médicale?

Avec ce nouveau Master, nous comblons une lacune. En nous entretenant avec des représentants du secteur, nous nous sommes rendu compte que tout le monde se mettait à utiliser les nouvelles technologies que sont par exemple l’apprentissage automatique et l’IA. Ceci requiert des connaissances spécialisées. D’une part, vous devez maîtriser la chimie moléculaire et la biologie afin de comprendre les données que vous analysez. D'autre part, il vous faut connaître la programmation ainsi que le cadre mathématique d’application de l’apprentissage automatique. Un vaste savoir est donc nécessaire si l’on veut appliquer des données et une méthode d’apprentissage automatique bien précises à un projet très spécifique.  Vous avez besoin d’être formé en tout pour maîtriser une question bien spécifique. Voilà le défi auquel les institutions suisses et européennes ne se sont pas encore attelées.

Quelle est votre approche?

La FHNW est connue pour être une institution de sciences et d'arts appliqués sensibilisée aux questions les plus actuelles. Nous formons les étudiants sur des sujets suffisamment divers en sciences de la vie, informatique et affaires commerciales pour les impliquer ensuite dans de réels projets lancés par des entreprises pharmaceutiques et des hôpitaux. Si vous connaissez le mécanisme, vous pouvez l’appliquer à une autre question – c'est ce à quoi nous aspirons. Nos étudiants auront affaire à des projets très divers, impliquant des bases de données, des patients-citoyens, une classification et une automatisation. Comment arrivez-vous à automatiser l'analyse de clichés dans le secteur pharmaceutique ou en hôpital? Comment pouvez-vous assister les organismes de réglementation, en étant au fait des dernières tendances et des écueils à éviter? Nous sommes les premiers à avoir cette touche pédagogique. Nous formons la prochaine génération de professionnels, tout en prenant en compte la transformation numérique dans le domaine d’application.

Nous ne parlons pas de l’éthique des données?

Nous ne pouvons pas échapper à l’éthique. C’est la question la plus importante à laquelle nous sommes confrontés dans le domaine de la santé numérique. Mais parfois, il est nécessaire de se tenir au point d’équilibre afin de comprendre les besoins en matière d’éthique et de confidentialité des données. Nous tentons de répondre à ces questions dans le cadre de projets spécifiques. La discussion est un outil formidable pour préparer le terrain et sensibiliser. Nous agissons avant tout.

Quels types d’étudiants attendez-vous?

Nous voulons donner aux étudiants formés à la FHNW la possibilité de participer à des projets de pointe. D’après notre expérience, les entreprises également sont très intéressées par le programme de Master, qui relie sciences de la vie et monde des affaires sur une base informatique. Conjointement avec le Prof. Dr. Knut Hinkelmann, responsable du Master de sciences en systèmes d'information des entreprises à la FHNW, nous créons un profil d’experts qui comprennent la nécessité de la science tout en étant capables de l’appliquer en prenant en compte la cybersécurité, la confidentialité des données et les applications métier. Pour y arriver, nous formons les personnes dans la plus pure tradition de la haute école spécialisée.

L’EPF, l’université, ainsi que l’Institut tropical et de santé publique suisse, sont à l’origine de différentes initiatives dans le domaine de l’enseignement de la santé numérique. Quelle importance accordez-vous à ces efforts?

Ils sont importants et pertinents pour notre communauté. Pour moi, ces programmes ne se chevauchent pas. Tandis que l’IFM, l’EPF et l’Université de Bâle sont plus orientés vers la recherche, ici à la FHNW, nous nous dirigeons vers un enseignement axé sur l'application pratique. Nous travaillons en collaboration avec l’Université de Bâle, en particulier les bureaux d’innovation. Finalement, c’est une démarche collective.

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